Notturno de Respighi, ou ce que l'on voit sous la surface de l'eau
L’effet a été important sur moi à chaque fois que j’ai pu lire des choses à propos du grand compositeur italien Ottorino Respighi. Je me le représente comme un amoureux absolu de la beauté et de la nature, un homme d’une rare sensibilité dont le prénom signifie prodigieusement “abondance”. Ainsi il aime à partager la beauté, l’exemple le plus pur que je connaisse dans son œuvre étant sa collection de six pièces pour piano. Je veux parler ici de la troisième, Notturno.
C’est une beauté liquescente, et doucement effervescente. En m’amusant à citer encore un passage de Giono, tout à fait voisin de celui que j’ai mentionné dans un précédent article, on entend parfaitement dans cette pièce une “grappe de bulles d’or”, si ce n’est que celle-ci est légère, souriante. L’ensemble des visions se fait derrière un écran d’eau qui trouble délicatement le paysage sous-marin, le ralentit à nos yeux et le suspend, au même titre que ces bulles qui se suivent dans la mer ensoleillée.
C’est une vision claire, et même exaltante par laquelle Respighi souhaite nous emmener en explorant les profondeurs. Toutes ses phrases sont arquées, sont telles des courants ou des contours des bancs de poissons. Et sans cesse cet univers nous sourit, nous rend tout l’attendrissement que le compositeur éprouve à nous le montrer.
Puis à mesure que les bulles foisonnent à la fin, remontent à la surface avec nous jusqu’à la fraîche écume, c’est notre cœur qui semble se serrer de reconnaissance pour une telle abondance de délicatesse et d’amour. Les bulles s’effilent comme les perles, et ressemblent toujours davantage à nos larmes de paisible émerveillement.